Le mot du président

La conscience de l'Un

         La conscience de l’Un est la plus haute expression de la quête spirituelle, et en même temps le sens et l’effort de la quête. Toute une partie de notre existence s'oppose en quelque sorte à la conscience de l'Unité, puisque la diversité nous assaille de mille parts, nous faisant dériver par tant de courants et d'illusions, qu’ils soient d’ordre émotionnel, matériel voire « spirituel ».

            Notre lucidité est mise à rude épreuve car les dérèglements  humains, qui sont la norme du monde d’aujourd’hui et qui nous touchent tous, ne nous laissent que peu de répit.  Trouver au sein de cette confusion, le chemin droit –mustaquim dans le Coran  – qui mène au diamant intérieur dont nous  parle Ste Thérèse d’Avila dans le château des sept demeures n'est pas aisé. La pression qu’exercent en permanence les activités trépidantes, les réactions émotionnelles incessantes nous désarçonnent alors même que nous devons avancer avec intrépidité et détermination vers la Terre de l'Un. En ce sens, une pratique et un enseignement qualifiés, même s’ils sont rares aujourd’hui, sont nécessaires pour garder le cap dans un océan agité.

            La voie du Cœur, celle de la Miséricorde qui inspire à chacun son authenticité et sa liberté d’être, est aussi nécessaire que la Grâce et le lien vivant contenus dans la Voie des Prophètes. Les obstacles sont nombreux,  la violence, le mensonge, l’avidité de plaire ou de détruire, la peur ne cessent de nourrir la fragilité humaine. Pour autant, ils ne sont, selon la belle expression d'un grand  disciple de Ramana Maharshi, qu’une montagne de camphre que le feu purificateur de l’Unité réduit à ce qu’ils sont en réalité :  un songe éphémère.

 

Philippe Yacine DEMAISON

Août 2017

 

Religion et violence

 

 

       Pour générer des comportements agressifs ou violents voire meurtriers, l’homme n’a nul besoin de la religion. Pour autant, les religieux n'ont pu éviter que les guerriers s’emparent  d’eux et les utilisent en les compromettant dans l’horreur des champs de bataille. Pourtant face à l’offense, la religion n’élève-t’elle pas le pardon au-dessus de la vengeance voire même du droit comme le souligne le Coran : «  La loi du talion est permise, mais si tu pardonnes, cela est  meilleur » (Coran. 2 :178). Car rien ne justifie aujourd’hui le meurtre en prenant le nom de Dieu comme témoin et prétexte.

       Ainsi des jeunes endoctrinés, par–là même ignorants, pensent servir Dieu alors qu’un peu de réflexion leur suffirait à comprendre  qu’ils  sont manipulés  par des intérêts politiques. Tout au long de l’histoire, la religion a servi de voile aux conquêtes et aux enjeux du pouvoir.        Cela suffit à certains penseurs pour exhiber Yahvé ou Allah comme précurseurs de la violence : ce n'est pas différencier ceux qui utilisent la religion pour eux-mêmes et  ce que le Sacré a permis.  D’évidence, les religions sont ou ont été une source de violence, mais au regard de l'histoire,  la part de l’instrumentalisation du religieux apparaît à la fois immense et évidente. 

       En revanche, si l’on revient à une vision métaphysique de la religion et à l’enseignement des saints, les notions  d’amour, de lumière et de pardon s'imposent comme les principaux attributs de la Présence Divine. La paix, l’ordre et l’équilibre sont le but de toutes les organisations traditionnelles liées au Sacré. Cependant, la puissance des forces chaotiques du monde, dont on ne peut nier l’existence, exigent en contre partie un bras puissant pour préserver cet équilibre — l’œuvre de Dieu, la part du diable... ? C’est pour cela que le Coran associe en permanence deux noms divins  Al Hakim et Al Aziz, le Sage et le Puissant. Que ce soit à l’échelle individuelle, à celle d’une société ou au niveau international, qui peut envisager de vivre sans droit, exempt de justice ?

       Une véritable justice appelle à une forme de sagesse et nécessite une force consubstantielle pour son respect. La plupart des sociétés actuelles confie cette sagesse aux hommes — les jurés d’assises par exemple —  cela a un sens, le Prophète ne disait–il pas que de la concertation  du groupe naît la lumière ? Mais je pense qu'un lien avec la verticalité, cette source d'où s’inspire la sagesse universelle est aussi nécessaire. Pour plusieurs raisons, toutefois je n’en retiendrais qu'une : celle de la miséricorde. Le Ciel incitera toujours  la communauté humaine à d’abord incarner la miséricorde, le pardon, avant la rigueur de la justice. En tant que musulman, c’est l’enseignement que j’ai reçu du Coran et de l’exemple du Prophète (sur lui, le salut et la paix). Ainsi mon cœur est-il meurtri de voir, aujourd'hui encore, des forces obscures et brutales travestir la lumière du Verbe coranique pour répandre le sang des innocents. Seules l’ignorance et la désorientation psychologique sont responsables de ces actes et, en aucun cas, la religion de Dieu.

 

Philippe Yacine Demaison

Juin 2017

 


 

Voeux

 

            Tu es Cela, la célèbre affirmation de la tradition hindoue délivre au monde moderne  désorienté un message puissant : celui de l’Identité Suprême rappelant à l’homme le sens de sa destinée: « Lorsque ton Seigneur dit aux Anges : “ Je vais établir sur terre un calife (lieu-tenant) ”» Coran (sourate 2, verset 30). Tu es Cela, nous invite à diriger notre conscience vers l’Unique, le substratum de toute existence : Celui qui vit en chaque chose et par Qui chaque chose vit comme l’enseigne la Voie des Prophètes. Venus des temps anciens, des rites sacrés, des lieux sacrés, des animaux sacrés sont rattachés à des présences subtiles que l’on déguise souvent par un vêtement mythologique. Mais : « C’est Dieu même, qui est la cause première de toutes choses, qui distribue différemment ces degrés, qui, demeurant toujours le même, les communique et partage toutes comme Il lui plaît. » nous précise Agrippa.

            Le culte de l’Unique nous préserve des impulsions et des illusions auxquelles s’adonnent nombre des pseudo chamanes d’aujourd’hui, s’exposant par leurs pratiques approximatives à de sévères déconvenues ainsi que les naïfs qui les entourent. « Dis : en vérité, Allâh égare qui Il veut et  guide vers Lui celui qui retourne à Lui repentant.” » Coran (13 : 27).

            Tu es Cela, n’occulte pas le respect de l’Oeuvre divine, l’infinie variété des formes, car l’Homme Universel porte en lui cette diversité : l’harmonie et l’équilibre même du monde sont en lien avec sa Forme. Il a reçu le dépôt de confiance (amana) faisant de lui le réceptacle parfait de la Présence et le détenteur de l’autorité. Mais l’homme s’égare, oublieux du Vrai, fuyant ses véritables responsabilités, abîmant la nature et lui-même. Ainsi ses potentialités, malgré l’amour divin, ne demeurent qu’une réalité virtuelle. «  Dis : « Allâhumma, Roi du Royaume ( Mâlika-l-mulk), Tu donnes le Royaume à qui Tu veux  et Tu ôtes le Royaume à qui Tu veux ; Tu élèves qui Tu veux et Tu abaisses qui Tu veux; en Ta main est le bien, et Tu es puissant (quâdir) sur toute chose. » Coran (3:26).

            ― Une barrière se manifeste semblant séparer le créé du non créé, l’existant de l’inconnaissable, et selon  l’expression d’Alain Daniélou, si tous les chemins mènent au Créateur, aucuns ne l’atteignent : « Dis : “ Allâh est l’Unique. Allâh, le Support universel. Il n’a jamais engendré, n’a pas été engendré non plus. Et nul n’est égal à Lui” » (112).

            La délivrance du Samsara est au-delà de cette barrière apparente, séparant l’ombre de la lumière, la circonférence du centre. Oser franchir ce pas, c'est devenir libre, c'est relier Shiva et sa Shakti. Ainsi, le signe de l’Homme Universel est-il la Croix et le passage vers le Centre s’établit par une communication totale des états de l’Être; la Paix, elle seule, est la voie d’intégration et de révélation. Que pouvons-nous souhaiter de mieux que de nous élever au-delà des limites bornées des êtres et du monde vers l’île des bienheureux, dans l'infini Royaume de la Paix ? Alors même que j’écrivais ses mots, j’ai reçu un message de Rishikesh en Inde disant : « The only thing you always search is a divine. » Cela sera donc notre vœu  pour cette nouvelle année 2017.

 

 

Philippe DEMAISON

 

 

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